"Soigner l'âme dans le corps",
(Entretien avec le prof. Tân Nguyên, psychothérapeute didacticien, de la Fédération française de psychothérapie, FFDP)Tân Nguyên (TN) : Dommage que vous n'ayez pu participer à notre colloque "Soigner l'âme dans le corps", premier colloque franco-vietnamien de psychothérapie, organisé à Hô Chi Minh-Ville en juillet dernier par la FFDP. Nous vous avons réservé dès la première session une intervention sur la culture vietnamienne.
Huu Ngoc (HN) : Je regrette aussi d'avoir manqué une occasion d'apprendre beaucoup de choses sur la psychothérapie française et la psychothérapie en général. Mais pourquoi avez-vous choisi le Vietnam comme terrain d'essai ?
TN : Il y a d'abord les liens de la Francophonie. Et puis, la psychothérapie est, par essence, soin de l'âme. Comment peut-elle s'appliquer au Vietnam qui a connu les meurtrissures de la terre les déchirures de l'âme collective ? C'est le bon moment pour poser cette question dans un pays en plein essor économique.
HN : On pourrait se demander si, dans un pays de tradition confucéenne comme le Vietnam, la psychothérapie, axée sur les soins à donner aux individualités, peut émerger comme champ d'étude et comme métier. Le formalisme de l'éducation et la nécessité de source matérielle après 30 ans de guerre paraissent peser davantage.
TN : En fait, le psychothérapeute ne focalise pas son travail sur une lutte à tout prix contre les conditionnements culturels et sociaux incrustés dans la personnalité de son client. Il peut aussi faciliter chez son client une sublimation des forces de la psyché, de l'âme. La personne peut prendre appui sur l'âme de la nature culture et de la nature du pays, l'âme de la terre, pour nourrir son âme individuelle. Former des citoyens sains de corps et d'esprit, n'est-ce pas le besoin actuel du Vietnam ?
HN : Certains chercheurs d'Asie n'admettent pas le complexe d'Oedipe, surtout dans les pays confucianisés.
TN : N'oubliez pas que ce concept n'a qu'un sens métaphorique. Mais il a été appliqué avec efficacité par la technique psychanalytique.
HN : De quoi s'occupe la psychothérapie ?
TN : Elle cherche à guérir les maux de l'âme. La vie cause de nombreuses souffrances : séparation, chômages, deuil, déception... En général, avec le temps et la réflexion, on surmonte la douleur et revient à l'état normal. Mais si elle se prolonge, elle cause des maladies au corps et à l'âme. Face au danger, la bête réagit par la fuite ou la lutte. L'homme le fait de plusieurs manières : ou bien il subit passivement la souffrance et s'y absorbe, ou bien il fuit dans le fantasme, ou bien il se défend pour vaincre la souffrance.
Un homme normal, sain, doit aussi tirer profit des réalisations de la psychothérapie pour mieux développer sa créativité et mieux réussir dans la vie.Dans une société qui bouge relativement vite comme au Vietnam, la personne doit être en écoute des tendances et des forces en jeu, et manifester sa vitalité. Dans cette perspective, la psychothérapie n'est pas seulement analyse des forces et influences du passé, mais aussi et surtout recréation d'une personnalité axée sur le présent, c'est-à-dire une psychosynthèse de la psyché. Elle est aussi le développement des capacités de la personne, au niveau émotionnel, corporel et mental. Dans ce sens, elle répond aux besoins actuels du Vietnam.
HN : Pas seulement du Vietnam. Le monde moderne en a besoin. Alain Delourme, docteur en psychologie et psychothérapeute, pense qu'en cette époque de conflits de civilisations, la psychothérapie peut contribuer au nécessaire renouveau éthique par le développement de la pensée complexe, multidimensionnelle et notamment psychologique, une pensée qui respecte la diversité tout en reconnaissant l'unité et les interdépendances.
Comment la psychothérapie soulage-t-elle les souffrances psychiques ?
TN : Toutes les méthodes partent de la psychanalyse de S. Freud née vers 1885. On pourrait distinguer 3 tendances dans son développement : une tendance philosophique, une tendance théorique et psychiatrique et une tendance scientifique et expérimentale : le courant psychanalytique, le courant cognito-comportementaliste et le courant humaniste-existentiel. Ce dernier courant aux États-Unis à la fin des années 60 exerce une grande influence. Il insiste sur les potentialités de l'être humain et l'accomplissement de soi. La diversité des méthodes de psychothérapie est garantie. À partir des années 1960-1990, la psychothérapie a débordé du cadre médical pour faire irruption dans le domaine social, économique, politique et culturel.
HN : La FFDP a-t-elle envisagé de coopérer avec les milieux scientifiques vietnamiens ?
TN : Certainement. Au cours de notre séjour à Hanoi, nous avons contacté des Instituts de recherches et des établissements d'enseignement supérieur. Plusieurs d'entre eux nous ont demandé d'envoyer des spécialistes pour participer à la formation de psychothérapeutes. Les décisions ont été prises.
Huu Ngoc/CVN

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