Atavisme contre choix politique, par Charles Melman

On prête à Nicolas Sarkozy la déclaration selon laquelle la pédophilie, le suicide des adolescents voire l'aptitude au cancer relèveraient de facteurs génétiques. Mais sans doute voudra-t-il reconnaître que l'aptitude à l'erreur leur échappe, celle-ci étant redevable dans le cas présent au staff qui le conseille en matière de santé. Il pourra aussi facilement vérifier que l'inspiration de ses inspirateurs vient directement des "néo-cons" américains, ceux-là mêmes qui interdisent localement l'enseignement de Darwin et détournent les progrès de la recherche médicale au profit du retour en force du biologisme.
Une éminente représentante du courant comportementalo-cognitiviste garantie par le CNRS a pu nous opposer récemment à la radio que la limite entre comportement animal et humain était incertaine. Cette énormité a le mérite de situer clairement le problème : la conduite de l'homme est-elle innée ou bien relève-t-elle d'une élaboration et d'une acquisition dominées par le choix moral ?
Au siècle précédent, le "biologisme" a nourri l'idéologie raciste et nazie : on était "Übermensch" (homme supérieur) ou pas. Aujourd'hui, la sélection ne mesure plus l'adaptation à l'environnement naturel mais au milieu social et à son économie, dont il est tout de même admirable que nos gènes aient pu les prévoir afin de nous y accommoder. Et il est navrant de voir nos universités s'y mettre en proposant des tests d'évaluation qui jugent non pas l'intelligence ou le savoir, mais l'aptitude supposée innée à la discipline choisie.
M. Sarkozy pense-t-il que son remarquable parcours est lié à des facteurs génétiques personnels ou bien, comme il le dit, que rien ne lui a été donné et qu'il a dû tout acquérir ? Croit-il que les électeurs vont être déterminés par leurs gènes ou par ses arguments ? Il est clair qu'une logique qui privilégierait l'inné et l'atavisme ferait gagner M. Le Pen.
Aussi M. Sarkozy a de bonnes raisons pour souhaiter que les Français soient mus par un choix politique plutôt que par un déterminisme biologique.
Charles Melman, psychiatre, psychanalyste et fondateur de l'Association lacanienne internationale

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