Éditorial
Cette revue électronique quadrilingue, annuelle, se veut une revue de réflexion, de création (arts et sciences) et d'intervention critique contemporaines,
Sans parti, apolitique (autant que possible), elle n'a pas de buts lucratifs, et est ouverte à toutes les idées, sauf celles dont l'objet,
explicite ou implicite, serait d'éliminer ou de rendre inviables les idées d'autrui et il reviendra au conseil de rédaction de décider de toute publication.
Elle se veut un lieu de réflexion et de débats démocratiques et
anti-dogmatiques, sur la base du dialogue, de la sociabilité, de la tolérance, de la solidarité et de la multiplicité des points de vue, quelle
qu'en soit leur origine. Nous sommes pleinement conscients que nous vivons dans des sociétés tendanciellement cosmopolites, multiethniques et multiculturelles, dans lesquelles les identités se définiront de moins en moins à partir de l'enracinement traditionnel aux lieux (« de l'esprit de clocher ») mais se créeront de plus en plus par la capacité d'intervention sur de nouveaux espaces d'échanges et de sociabilité, dans lesquels chacun trouvera le moyen de partager son expérience, en faveur de la communauté (être disponible pour l'autre, pour son intégration). Et, même si l'expérience de vie est ancrée à un lieu et a besoin de ce lieu -pôle de compensation au nomadisme croissant -, chacun de nous forge cette communauté qui n'est pas un produit de la consanguinité ou des relations de proximité, de profession ou de loisirs, ni même de l'appartenance à des États-nations ou à des communautés de langue.
En vérité, même si la langue est le plus grand obstacle à l'intégration dans une autre culture, elle est malgré tout, de par la résistance qu'elle crée, indispensable au maintien de la diversité, garde-fou contre l'uniformisation que la globalisation comporte.
L'identité de chacun étant tout cela ou s'exprimant à tous ces niveaux, elle est chaque jour davantage projet, penchant pour le nouveau mais toujours incertain avenir qui à tout instant s'ébauche. C'est dans les affectivités et dans leur fluidité, et pas seulement dans les savoirs décharnés, cérébraux et centrés, que les êtres se meuvent - au contraire de ce que voudraient certaines formes de rationalité castratrices de la richesse humaine.
Notre revue privilégiera donc dialogue interdisciplinaire et visions transversales sans tomber dans le "journalisme" (ce n'est pas sa vocation), ni dans le "zapping" culturel ou la culture dite "light".
Elle se veut une réaction à la superficialité et à tout ce qui
est "fast", routinier, domestique, évident et "naturel". Elle veut
réagir contre tout ce qui est présenté comme normal et normalisé, sans pour autant privilégier des démarches marginales, autistes ou même déviantes, en ce que ces conduites comportent généralement de manque de respect envers l'autre, ou de simple pose snob sans conséquences – ce qui est une autre façon de faire de l'autre un simple spectateur.
Les êtres humains ne peuvent être heureux que s'ils peuvent maîtriser leur
destin au lieu de se laisser aller au gré de celui-ci. Ce destin n'est généralement que l'intériorisation d'une exclusion.
"L'enfer est plein de bonnes intentions", et ce projet se veut ambitieux, et il n'aura d'importance que dans la mesure où il réussira à concrétiser au moins une partie de ses objectifs.
Il est important de faire quelque chose, de l'exposer, de se
soumettre à la critique des autres (malgré toute l'injustice ou
incompréhension que, parfois, une telle critique peut comporter), en élargissant progressivement ainsi la capacité de réflexion publique ; cela est bien plus important que de se recroqueviller sur des comportements et des visions élitistes renfermés dans leur lucidité (supposée), bon goût, connaissance, ou clairvoyance. La volonté de vérité et l'éthique de l'inclusion et de l'ouverture sont des valeurs importantes dans la mesure où elles motivent dialogue et participation, et non pas des dogmes illuminés et rédempteurs, de quelque nature qu'ils soient.
La revue accueillera les nouveaux auteurs ou créateurs qui, malgré leur qualité, n'ont normalement pas (ou pas encore) l'espoir d'arriver à trouver un espace dans les "media" ou bien chez des d'éditeurs (souvent même, pour des raisons purement mercantiles : ils ne vendent pas); sont aussi les bienvenus les collègues de l'hémisphère sud, qui, loin des centres traditionnels de la culture "occidentale", produisent de nouvelles configurations du monde et de son expérience.
Elle ne sera pas un espace contre quoi que ce soit, à l'exception de tout ce qui est superficiel, facile, banal et dont nous avons déjà parlé ; elle sera plutôt et surtout un espace en faveur de ceux à qui, malgré leur valeur, n'est pas normalement accordé d'espace proportionnel à cette valeur, puisqu'ils sont l'objet de procédés d'effacement.
Il ne s'agit pas de faire l'apologie des marges ; il s'agit de prendre sa place au centre : certes il est petit dans notre pays mais il constitue une sorte de niche, colonisée toujours à l'heure qu'il est par les mêmes personnes qui, du fait du système lui-même, accroissent chaque fois plus leur capital culturel, et ont tendance à se reproduire en tant que niche.
Le sens est ainsi évacué, puisque nous écoutons et lisons pratiquement tout le temps ce à quoi nous nous attendions, sans prendre conscience de ce qui est laissé pour compte; s'installent alors un effet de fatigue et la sensation qu'il ne vaut pas la peine de lutter pour s'affirmer dans un espace si étriqué, déjà occupé et doté de très subtiles formes d'exclusion. Bref, dans une société de consommation et de marché, notre marché des biens culturels est très limité et les caractéristiques générales de la société tendent à s'y répercuter : un abîme de plus en plus profond se creuse entre ceux qui possèdent (et peuvent consommer des produits en qualité et en diversité) et ceux qui ne possèdent pas (et consomment du prêt à servir).
Il est clair qu'il s'agit d'une question de citoyenneté : la majorité a de moins en moins la faculté de devenir de « vrais citoyens », alors qu'une minorité, plus ou moins cosmopolite, prend de plus en plus les tics d'une élite ; elle se voit confortée dans son exceptionnalité par des circuits d'auto-complaisance mutuelle.
Nous croyons cependant qu'un peu de talent, beaucoup de travail, de persistance, et l'adaptation aux nouvelles technologies permettront d'accomplir beaucoup de choses intéressantes. Une chose est certaine : nous ne pouvons abandonner les nouveaux moyens de communication et de production/divulgation du savoir et de l'imagination (levier de la connaissance et de l'enrichissement de l'expérience, impulsion pour le décidément nouveau) entre les mains d'agiles grimpeurs sociaux sans substance ni projet - si ce n'est celui de la (fugace) notoriété personnelle-, de technocrates créatifs et mercantiles, ni même entre celles d'un petit nombre d'aristocrates culturels, intelligents et intéressants mais qui encouragent de nouvelles élites restreintes (même si les moyens dont ils disposent sont eux-mêmes limités quand on les compare à la répercussion publique accordée aux faits-divers, au football et aux feuilletons télévisés, par exemple).
Et effectivement, nous croyons qu'il faut affirmer des espaces alternatifs comme celui dont il est question ici, moments de liberté d'un souffle non monnayé, où ce qui nous mène c'est le plaisir de faire, de voir être fait, de voir pousser ; et nous sommes certains que cet acte peut être exemplaire et avoir un sens et une portée civiques dépassant de beaucoup ce que à quoi nous atteindrons nous-mêmes.
Aucun organisme ne se développe hors d'un environnement. Aucun être humain ne peut se réaliser dans un environnement vidé - un environnement de petites paroisses, chacune essayant de se sauver elle-même. Personne ne viendra occuper ce vide à notre place. C'est à nous de le combattre, nous-mêmes, de notre initiative… en agissant.
Titre:
Configurações - Revista de Cultura Contemporânea
Configurations - Journal of Contemporary Culture
Configurations - Revue de Culture Contemporaine
Configuraciones - Revista de Cultura Contemporânea
Éditeur de la revue: ADECAP - Associação para o Desenvolvimento da
Cooperação em Arqueologia Peninsular
R. Aníbal Cunha, 39- 3º - sala 7
4050-048 Porto- Portugal
http://www.gt.estt.ipt.pt/adecap/
Siège : Porto, Portugal.
Pour tout contact s'adresser à : vojorge@clix.pt
Officialisation de la revue : en cours.
Conseil éditorial: il sera constitué par différentes personnalités lusophones, hispanophones, anglophones et francophones qui accepteront de s'embarquer dans cette aventure afin d'aborder un large éventail de thèmes de qualité.
Contenus : Tous les thèmes, de l'essai à l'étude, des sciences humaines et connaissances connexes - y inclus création artistique et réflexion à son sujet -aux sciences « exactes » ou « naturelles » ; une seule condition : que l'approche ne soit pas trop technique, qu'elle soit problématisante et se fasse dans un esprit transdisciplinaire et interdisciplinaire. Les travaux trop spécialisés, trop longs ou exigeant beaucoup d'illustrations devront être évités.
Nous partons ainsi du principe que le plus complexe est à terme compréhensible pour tout récepteur intéressé si l'exposé est rigoureux et ne s'embarrasse pas de codes inutiles ; nous assumons aussi que, sans certaines compétences minimales, il est impossible de comprendre certaines choses, dans la mesure où il ne s'agit pas d'ouvrir des portes sur de soudaines « révélations » et que le processus de « révélation » est plutôt le fruit d'une longue expérience.
Début : février/mars 2005 – nous pensons pouvoir disposer de 100 mégas; la revue sera publiée sur une page Web personnelle mise à la disposition de la communauté par le signataire.
Nous sommes conscients que, comme l'affirme José Gil dans son dernier ouvrage [« Portugal, Hoje - O Medo de Existir », Lisbonne, Relógio d'Água, 2004], que le Portugal est un pays de « non-inscription ». Et selon les mots de António Guerreiro (publiés dans le supplément « Actual » de l´hebdomadaire Expresso du 24.12.2004 -) : le Portugal est un pays où (…) « rien ne se passe dans l'histoire ou dans l'existence individuelle, dans la vie sociale ou sur le plan artistique ». Tout est attiré par une espèce d' « ombre blanche », avant même de produire un quelconque effet sur le réel. Le « rien ne se passe » signifie que les effets sont effacés et que tout se voit dispersé en une
matière inerte. La « non-inscription », telle qu'elle est ici définie, est
beaucoup plus qu'un problème de mémoire. C'est une inertie qui fait que rien ne produit d'impact, que la réception des oeuvres littéraires, artistiques ou de pensée reste cantonnée dans une sorte d'anesthésie.
Tout s'abîme dans le même entonnoir, dans le même plan d'invisibilité, sans avoir accès au niveau de la conscience, de la réélaboration, de la discussion.
Pour cet auteur, il n'y a donc pas d'espace public au Portugal,
juste son simulacre. Et, le commentateur A. Guerreiro poursuit:
(…) « simulacre qu'est l'espace médiatique, hypertrophié, qui reproduit
caricaturalement l'absence de débat, de libre échange d'idées ; l'enfermement de notre espace public retire à la culture son effectivité et réduit, dans tous les domaines de la socialisation, l'espace critique. Le Portugal est une société normalisée, où l'horizon du possible est extrêmement pauvre, et où la pratique démocratique rencontre des résistances à son approfondissement. »
Ces réflexions, avec lesquelles nous nous identifions, pourraient presque servir de pensée-plataforme à partir de laquelle la revue essaiera de prendre son envol, mais nous sommes cependant certains que ce n'est pas dans l'espace national que ces problèmes diagnostiqués par José Gil peuvent être résolus, mais à une bien plus large échelle (d'où le caractère tetralingue de la revue, et son ouverture à tous ceux qui s'expriment à travers ces véhicules linguistiques) et dans un milieu, Internet, qui peut être utilisé
démocratiquement comme réaction au blocage du petit marché et de ses
lobbies dans lesquels la « culture » au Portugal se meut.
Par ailleurs, si nous sommes convaincus, comme tout être sensé, que la réalité ne peut pas être modifiée radicalement, nous pensons malgré tout qu'il faut quelque chose, lutter contre l'inertie et l‘auto-complaisance en multipliant les foyers de résistance, aussi petits soient-ils.
Cette résistance n'a d'ailleurs rien de prophétique, il s'agit tout simplement et pragmatiquement d'exister, d'essayer de faire différemment, avec nos moyens, en récupérant l'élan impulsif et artisanal du faire, du gêner et contrarier le courant dominant.
Pour que notre revue ait un impact il faudra réunir les quelques conditions suivantes :
une bonne image – nous aimerions demander à des artistes graphiques de nous faire parvenir des idées de logotype, dans l'esprit de travail bénévole de notre projet. Cela pourrait être quelque chose suggérant une réalité fluide, dématérialisée, une toile d'araignée, un filet de concepts en ébauche, en concrétion et liquéfaction constantes, sans limite précise ni géométrie euclidienne, toujours en mouvement et en délocalisation – ce qui, à notre avis, caractérise le monde contemporain. Si nous avions plusieurs graphismes, nous pourrions en choisir un comme logo/emblème et d'autres pour le corps de la revue ;
les documents à publier devront être inédits, conforme à la législation qui règlent les publications sur Internet et pas seulement (droits d'auteur par exemple) ; la rigueur et la qualité seront assurés par le Conseil éditorial qui pourra décider á tout moment de ce qui sera publié ;
rigueur dans la longueur (quantité d'informations, texte et images) afin de permettre de diversifier les publications et de ne pas es limiter à une demie douzaine de documents ;
Nous vous demandons de bien vouloir divulguer cette idée auprès de vos divers contacts.
Porto, le--- février 2004
Vítor Oliveira Jorge
Professeur à l'Université de Porto
Tradution: Carlos Amador
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